30 ans !
30 ans que je vis avec la maladie de Crohn.
Alors oui, je me permets de parler de vie commune tant je la considère comme une compagne de route depuis que je l’ai rencontrée, à l’âge de 20 ans.
Douleurs abdominales, envies pressantes, fatigue étaient les symptômes quotidiens même quand je considérais que tout allait bien et que la maladie était en “sommeil”.
La maladie de Crohn est arrivée brutalement dans ma vie, provoquant un état général très dégradé et des douleurs intenses qui m’ont mis K. O. pendant des années.
À l’époque, je n’ai pas très bien compris pourquoi, à 20 ans, j'étais obligé de rester chez moi et je ne pouvais plus envisager l’avenir sereinement : je devais arrêter mes études.
Après de nombreux séjours à l’hôpital, des centaines de médicaments, des régimes drastiques…
Mon transit se stabilise, mais ma qualité de vie reste tout de même altérée.
Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir une vie professionnelle, amicale et familiale bien remplie, mais cela n’a pas toujours été le cas, car la maladie isole.
Évidemment, moi aussi, j'avais peur d’en parler : c’est une maladie difficile à expliquer et qui plus est, touche l’intime.
En société, au travail, avec les amis, il est compliqué d’expliquer le mal que nous traversons.
Alors à l’époque, je préfère rester chez moi le plus possible. Les interactions sociales étaient devenues source d’angoisse.
Même faire du sport était devenu impossible, les douleurs abdominales ou les maux de ventre me vidaient toute mon énergie (sans mauvais jeu de mot…).
Encore pire, l’idée de m’éloigner de mes toilettes était devenu un cauchemar.
Je craignais de me retrouver loin de chez moi, et qu’une catastrophe arrive : des maux de ventre qui me tordraient de douleur, ou des diarrhées urgentes qui m’obligeraient à courir dans le premier café venu…
Encore un argument qui me faisait rester chez moi, seul et déprimé.
Tout cela a duré des années.
Pendant des années, les diarrhées, les problèmes de transit et les douleurs abdominales à m’en tordre le ventre étaient mon quotidien.
Je m’étais fait à l’idée que ma vie se finirait comme ça, et que je devais accepter, endurer, ma maladie.
Pendant des années, j'ai été trop abattu pour penser ou faire quoi que ce soit.